Sylvie Braibant, ex-journaliste à TV5 monde, évoque les droits des femmes

Dernière mise à jour : 8 mars


(Cette article a été publié la premuère fois le 8 mars 2021)

Elle a apprécié d’avoir travaillé avec la très connue Anne Sinclair pour le 7/7 diffusé sur TF1. « C’est une femme de conviction, une vraie professionnelle », estime Sylvie Braibant. La journaliste à la retraite s’est, depuis quelques années, installée à Montargis. « J’ai connu cette ville grâce aux amis. Puis, mes parents avaient une résidence secondaire dans le Gâtinais ». L’ancienne rédactrice en chef à TV5 Monde, créatrice du site Terriennes, a, depuis son jeune âge, milité pour les droits des femmes.


Elle a assisté, à 18 ans, à des débats « chauds bouillants » à l’Assemblée nationale au sujet de la légalisation de l’avortement (novembre 1974). « J’entamais ma première année d’études de Droits. L’intervention de Simone Veil reste gravée dans mon esprit. Je me rappelle d’une femme courageuse, déterminée. C’était ma première rencontre avec cette grande dame », raconte Sylvie Braibant. Son père, un juriste renommé, d’origine égyptienne, de confession juive, caressait le rêve « que j’allais le suivre dans sa destinée. Mon grand-père, historien – écrivain, lui, trouvait que ce n’était pas du tout une bonne idée. Il ne cessait de me dire : tu vas devenir journaliste. C’est donc un peu grâce à lui que j’ai pu m’affirmer… ». Elle arrête ses études de Droit et réussit le concours d’entrée au Centre de formation des journalistes. Diplômée du CFJ, passée par un statut de stagiaire au Télégramme de Brest, la jeune femme a, ensuite, mené une grande partie de l’enquête dans le livre « Un homme à part » de Gilles Perrault portant sur l’assassinat du militant tiers-mondiste Henri Curiel. Peu après, Sylvie Braibant pose ses bagages à TF1 (1981). « J’y ai travaillé jusqu’à la privatisation… ». Puis, elle travaille pour « Cosmopolitiques », une revue politique internationale et produit des piges pour le Monde diplomatique. Elle écrit « Elisabeth Dmitrieff aristocrate et pétroleuse », portrait d’une féministe révolutionnaire russe. Sylvie Braibant a exercé pendant une vingtaine d’années chez TV5 Monde. Lors de son départ de l’antenne, ses désormais anciens collègues versaient dans l’émotion… objective : « Certains restaurants de qualité précisent sur leur menu : produits frais cuits sur place. Idem pour la méthode « Braibant ». On pourrait écrire : info fraîche vérifiée sur place ». Quelle déclaration !


Nous célébrerons le 8 mars la journée internationale des droits des femmes. Cette date est-elle porteuse de symboles pour vous ?

Une journée, c’est déjà quelque chose. Mais je pense que ce n’est pas assez. Si on doit seulement penser aux droits des femmes, à l’égalité entre les femmes et les hommes un jour par an, ce n’est pas assez. En même temps, on ne va pas bouder… Cette journée permet de rappeler toutes ces inégalités pour les droits des femmes dans le monde entier. La question des droits des femmes en ce moment, pour moi, est un peu trop résumée uniquement à des affaires de violences contre les femmes. C’est une réalité, mais il y a aussi d’autres volets importants, c’est-à-dire le travail des femmes partout dans le monde avec malheureusement des inégalités très importantes. Je pense notamment aux inégalités constatées dans les usines textiles, l’agriculture ou encore dans d’autres domaines, à travers le monde où il existe des femmes qui travaillent sans être payées. En d’autres termes, il y a encore beaucoup de chemin à faire pour parvenir à ce que les femmes aient tous leurs droits…

Encore une fois, il y eu énormément d’acquis, notamment dans le domaine professionnel et politique, avec l’émergence des femmes visibles, comme pour Angela Merkel (Chancelière allemande), Jacinda Ardern (Première ministre de la Nouvelle-Zélande) ou encore la nomination historique d’une femme (ndlr : Ngozi Okonjo-Iweala) à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).


Qu’en est-il de la France et l’image qu’elle véhicule concernant la question des droits des femmes ?

J’estime que des choses ont été obtenues et pour lesquelles il faudrait continuer à se battre pour qu’elles ne soient pas enlevées. Il y a eu des progrès grâce à des femmes qui ont émergé, par exemple, dans les médias, comme chez France Télévisions, France Inter, dans le service public. On sent qu’il y a une volonté de faire quelque chose. Moi, j’ai une amie qui a été directrice de l’information pendant des années à l’AFP… Mais, il ya une réalité qui me gène à travers le monde. Je pense, par exemple, aux droits des femmes sur leur corps. Il y a des batailles virulentes dans beaucoup de pays pour obtenir le droit à la contraception, à l’avortement, ou plutôt à l’interruption volontaire de grossesse. C’est encore loin d’être gagné partout dans le monde, car il y a beaucoup de pays, comme en Amérique Latine, qui refusent ces droits-là. Donc, il y a pas mal de boulot. Dans le domaine professionnel, il faut encore se battre pour parvenir que les hommes et les femmes, pour le même travail, soient payés de la même façon. En France, il y a un truc qui me frappe en ce moment. C’est ce fameux secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) autour d’Emmanuel Macron (Président de la République) et de Jean Castex (Premier ministre). Quand on voit les photos de ce groupe qui gère la crise sanitaire en France, il n’y a que des hommes, alors que dans les hôpitaux, les EHPAD, les supermarchés, ce sont plutôt les femmes qui sont mises en première ligne…C’est quand même inouï. Une image qui symbolise une réalité. Il faut savoir que compte tenu des inégalités salariales constatées, une femme en France travaille sans être payée l’équivalent d’une période d’un peu plus d’un mois et demi (début novembre jusqu’à fin décembre). C’est incroyable.

Les violences faites aux femmes est un sujet qui revient avec insistance. Quel regard portez-vous sur ce phénomène ?

Il y a quelque chose qui me gène dans tout cela. Je suis un peu ambivalente là-dessus. Ce phénomène a été occulté, rendu invisible. D’un côté, je trouve que c’est très bien que les femmes parlent. Mais, ayant fait du Droit, je suis gênée du déballage public de la vie de personnes qui sont déclarées coupables avant même avoir pu se défendre. Il ne faut pas que l’on tombe dans une dérive où tout le monde accuse tout le monde sur la place publique. En même temps, j’estime qu’il y a eu beaucoup de progrès dans les commissariats de police pour accueillir les plaintes des femmes. Mais cette question reste difficile avec des femmes qui n’arrivent pas à dire les choses. Je pense aux femmes qui en ont terriblement pris plein la figure pendant les confinements… Cela veut dire que dans les périodes délicates, stressantes, certains se tournent contre quelqu’un d’autre, et dans la plupart du temps c’est contre des femmes.