Michèle Dassas : " j’aime narrer les élans du cœur avec une certaine discrétion..."


"Dans "Une gloire pour deux" (roman publié chez Marivole – 1er prix Arts et Lettres de France 2017), je décris la naissance d’un amour, que la guerre va briser, entre deux jeunes gens que tout oppose. Renée, jeune fille catholique, de milieu modeste, va héberger un blessé, intellectuel juif, et le soigner jusqu’à ce qu’il reparte au combat."


Extrait :

"Dès que sa jambe fut guérie, il parla de partir.

Rejoindre la résistance, bouter les Allemands hors de France, comme jadis Jeanne d’Arc les Anglais… Renée comprenait d’autant mieux qu’elle avait été élevée dans ce ressentiment contre l’ennemi qui avait tué son père.

Il fallait juste attendre le moment propice et organiser la fuite. Il chargea encore la jeune fille d’entrer en contact avec le réseau. Mission périlleuse s’il en fut que Renée accepta sans sourciller.

- Depuis l’expédition ratée, ma tête est mise à prix. Ils ont mon signalement.

Par deux fois, le plan échoua à la dernière minute. Un maillon faible avait fait repousser l’expédition devenue trop hasardeuse. Et ces deux fois-là, Renée égoïstement s’en réjouit. Le séjour de Serge près d’elle s’en trouvait prolongé…

La veille de cette deuxième tentative, alors que tout portait à croire que le jeune homme partirait le lendemain, ils devinrent amants.

Ils avaient poussé deux matelas côte à côte, et la nuit profonde, muette et aveugle, avait accompagné leurs deux corps dans une union fougueuse. Renée s’était donnée à lui avec toute la ferveur de son amour, de ses sentiments accumulés durant toutes ces semaines, où leurs regards se croisaient, où leurs mains se frôlaient, où leurs respirations se mêlaient chaque nuit, dans le réduit sous les toits.

Au petit matin, épuisés de bonheur, ils avaient échangé des serments.

Il lui avait offert une fine chaîne en or et un pendentif octogonal avec de curieuses inscriptions.

- Cela représente la torah, c’est notre table des lois. Garde-la précieusement en gage de notre amour, elle appartenait à ma grand-mère que je chérissais tant. Quand je reviendrai, nous nous marierons, le veux-tu ?

- Oh ! Oui, Serge, de toute mon âme.


Le destin leur avait encore offert deux semaines supplémentaires. Deux semaines qu’ils avaient vécu comme des condamnés à mort leur dernier repas, profitant de chaque minute ensemble. Ils parlaient beaucoup, refaisant le monde, échafaudant des projets, ils riaient, ils s’aimaient. Toutes les nuits, Renée se donnait à lui, sans penser aux conséquences. S’en remettant à Dieu, au hasard, au destin, elle s’abandonnait corps et âme à sa passion. Serge était déjà son époux, l’homme de sa vie, rien d’autre ne comptait.


Une gloire pour deux, de Michèle Dassas (roman publié chez Marivole – 1er prix Arts et Lettres de France 2017)

Comment vous trouvez les bons "mots d'amour" ?

"Écrire l’amour ou le sentiment amoureux est un passage quasiment obligé, lorsque l’on rédige des romans. Les personnages sont toujours amenés, à un moment ou à un autre, à succomber à la passion, avec plus ou moins de force. J’aime narrer les élans du cœur avec une certaine discrétion. Je préfère suggérer plutôt que décrire avec moult détails, laissant au lecteur la part d’imaginaire et de romantisme qui est en lui.

Je pense que chaque auteur aborde le sujet différemment, selon sa propre expérience et sa propre sensibilité. Il y a donc, d’après moi, à la fois un plongeon dans son moi profond et à la fois une liberté que donne l’écriture de s’affranchir de quelques interdits. On peut guider son personnage, lui faire oser un comportement, l’orienter au gré de son bon plaisir, et lui offrir sa juste part de bonheur et d’amour. J’avoue avoir une prédilection pour les fins chargées d’espoir. "

Michel Dassas

Son dernier ouvrage :

"À la lumière de Renoir" (biographie romancée préfacée par l’académicien, Jean-Marie Rouart) paru aux éditions Ramsay, en mars 2020 – Prix Charles Oulmont de la Fondation de France 2020.


Sur les réseaux :

Wikipedia et le site : michele.dassas.com

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