Les entreprises du Giennois face au "défi jeune"

Dernière mise à jour : 12 mars


Le 24 février se tenait le 39ème forum annuel de l’orientation à destination des collégiens du territoire organisé par le MEPAG (Mouvement des Entreprises du Pays Giennois). Cette association compte 86 entreprises adhérentes, représentant 8000 emplois directs et 15000 indirects. Pour ces entreprises l’un des principaux enjeux pour l’avenir est de trouver les compétences qui permettront de maintenir et de développer usines et services ancrés sur le territoire. Le MEPAG est à la pointe pour faire changer les mentalités et séduire une nouvelle génération de jeunes qui ont des aspirations différentes de leurs aînés concernant ce que l’on appelle aujourd’hui la « Qualité de Vie au Travail » (QVT).

En savoir plus sur le MEPAG : https://mepag.fr/

Laurent Gobin, directeur d’une agence d’emploi sur le Giennois est vice-président du MEPAG. Il nous explique les bouleversements présents et à venir du marché du travail et la nécessaire adaptation des entreprises pour séduire les jeunes, à commencer par les collégiens qui sont à un âge pivot concernant leur orientation. Interview.



Quelle est la stratégie du MEPAG vis à vis des jeunes ?

Le MEPAG fait régulièrement des interventions dans les collèges sur le savoir être, la bonne posture pour se présenter, pour rédiger un CV, pour expliquer aussi les différents métiers. On sait très bien que c’est dès le collège qu’il faut donner une vision aux jeunes. Au lycée, c’est déjà trop tard. C’est pour ça que ce forum de l’orientation à destination des collégiens est une manière de leur donner une petite lumière pour commencer à envisager leur avenir et déclencher une motivation. Ce forum est une ouverture sur les environnements professionnels qui existent et sur les différents métiers.

Comment voyez-vous cette nouvelle génération ?

Cette génération fonctionne différemment des générations précédentes. Il faut leur donner en fait des envies, du sens, expliquer pourquoi les entreprises sont là. On a besoin de ressources et aujourd’hui, en termes de recrutement, on a déjà d’énormes difficultés à recruter, que ce soit ou non à des postes techniques. Il va donc falloir s’entendre avec ces jeunes alors qu’on sait aussi que cette nouvelle génération, qui arrivera sur le marché de l’emploi dans une dizaine d’années, changera en moyenne treize fois de métier durant leur vie active. Il faut être conscient que les futurs employés dans les entreprises ne se fixeront plus dans une entreprise pour y faire carrière car ils ont d’autres aspirations. On voit déjà aujourd’hui le turn-over qui explose. Pourquoi ? Parce que les jeunes qui arrivent aujourd’hui en entreprise ont besoin d’acquérir des compétences et de voir autre chose que ce qu’il pourrait connaître dans une seule entreprise. En terme de mentalité, c’est complètement différent. Les jeunes n’ont pas de scrupules à changer d’entreprise. Les générations précédentes se fixaient dans l’entreprise et s’y attachaient mais ce n’est plus le cas.

Les entreprises doivent donc s’adapter ?

Les entreprises n’ont pas vraiment le choix en fait. La cohabitation entre ces générations qui arrivent et avec les anciennes qui sont en place est un peu bouleversée. On dit souvent que c’est aux jeunes de s’adapter, mais désormais c’est à tout le monde de s’adapter, pas seulement les jeunes. Les entreprises et leurs salariés des générations précédentes doivent aussi accueillir ces nouveaux arrivants sur le marché de l’emploi en réalisant un certain travail en terme d’accueil et d’image employeur. Aujourd’hui, pour attirer des talents et des compétences, il faut aussi être attractif. La qualité de vie au travail est devenu une valeur importante. La « QVT », il y a vingt ans, ce n’était pas innée dans les entreprises. Aujourd’hui ça l’est un peu plus… Par exemple, une personne qui sort à 16 heures du bureau pour aller chercher ses enfants à l’école, c’est devenu normal, voire valorisé. Mais on sait que cette même personne peut reprendre son ordinateur portable vers 21 heures pour retravailler chez lui. En termes de nouvelles manières de travailler, de culture du travail ça évolue considérablement et les relations entre le salarié et l’entreprise sont en mutation.

Y a-t-il des problèmes de recrutement dans le Giennois ?

Cette année, au forum de l’orientation, nous avons fait une allée spécifique pour l’industrie, avec neuf entreprises représentées. Pour vous donner un ordre d’idée, ces neuf entreprises ont plus de 250 postes à pourvoir actuellement ! Dans tous les métiers. Je travaille dans une agence d’emplois depuis quelques années. Auparavant on avait du mal à trouver des personnes, plutôt des « cols blancs » avec un niveau BAC+2. Aujourd’hui on a du mal à trouver des personnes avec des qualifications en dessous de ce niveau. C’est donc compliqué et il faut faire évoluer nos modes de recrutement. On est plutôt avec un regard sur l’intelligence émotionnelle durant un entretien, que sur un niveau de formation. En fait, on se projette sur la personne qui nous raconte son histoire et qui a envie, peut-être, de se projeter dans une entreprise. Aujourd’hui, pour éviter le turn-over, Il vaut mieux recruter quelqu’un en deçà sur les qualifications recherchées mais qui se projette et qui en a sous le pied. On recherche donc la motivation. Il y a quelques années les entreprises qui recevaient des CV en dessous de BAC+2 ne prenaient pas le temps de les étudier et les CV finissaient à la poubelle… Aujourd’hui c’est différent. Quelqu’un d’autodidacte, avec de l’expérience sur un métier depuis trente ans, peut être mieux considéré et avoir de très bons résultats dans une entreprise.

Comment convaincre les jeunes qu’ils ne sont pas dans un « trou paumé » et qu’ils peuvent rester sur le territoire pour vivre et travailler ?

C’est un enjeux majeur ! La Loire à vélo ça ne suffit pas à convaincre les jeunes de l’attractivité du territoire… Un jeune, quand on lui propose une monté en compétence, avec par exemple une formation en alternance dans une entreprise sur Gien, c’est pour lui une accroche sur le territoire et ça lui permet de se projeter dans l’avenir avec une entreprise giennoise. L’intégration progressive dans nos entreprises est donc un enjeux déterminant pour que nos jeunes restent sur le territoire. Sur Gien on s’arrête maxi en BTS. Celui ou celle qui veut continuer ses études n’a donc pas d’autre solution que de partir, sur Orléans, Tours ou encore Paris. Et ils ne reviennent pas forcément…

Si, il reviennent le week-end chez Papa-Maman pour laver le linge…

Oui, mais pas pour chercher un emploi et s’installer ! Donc c’est dommage car ce sont des compétences et des ressources qu’on peut avoir sur le territoire et qui malheureusement ne s’y fixent pas. L’objectif est donc de travailler sur notre attractivité. Nous devons également travailler sur la mobilité. On sait très bien que dans les prochaines années, avec les conséquences du papy boom et la spécificité de notre pyramide des âges, beaucoup de personnes vont partir à la retraite. On va donc avoir besoin d’énormément de compétences. Comment s’assurer de la transmission du savoir et du savoir-faire des ainés, sur le départ, aux jeunes qui arrivent ? La meilleure façon c’est l’alternance, l’apprentissage avec un accompagnement mixte entre la partie scolaire et théorique et la partie entreprise avec un tutorat efficace.

Le MEPAG a donc encore beaucoup de travail pour faire passer le message ?

Il faut aller à la rencontre des collégiens et leur donner du sens en leur disant « restez sur le bassin du Giennois, regardez tout ce que vous pouvez faire, voyez l’évolution des entreprises, et projetez-vous ». On capitalise sur l’avenir. Il faut aussi que les entreprises acceptent des stagiaires. Sur le Giennois il y a actuellement 400 stagiaires qui ont besoin de faire un stage en entreprise. Au final c’est du gagnant gagnant. Quand certaines entreprise sont un peu réticentes sur le stage, sur l’investissement, je leur dit : « Et si c’était votre fils ou votre fille ? »

 

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