Gien - Restauration de la « Maison des Alix », bâtie en 1515. Mais comment le sait-on ?


La « maison des Alix », inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1941, nécessite aujourd’hui une lourde campagne de restauration. Une étude a mis en évidence des déformations de charpente et une usure des matériaux. Ainsi, des travaux sur la toiture, les façades et les huisseries sont prévus en 2022. Datée du XVème et XVIème siècles, la Maison des Alix est en réalité composée de deux maisons jumelles à pignon sur rue. La bâtisse tiendrait son nom d’une famille de marchands, premiers propriétaires de la maison. Pour autant on ne connait pas toute l’histoire de cette maison emblématique de Gien qui a survécu aux bombardements de 1940. Seule certitude, les scientifiques affirment qu’elle a été bâtie en 1515. Comment le savent-ils ? Grâce à la dendrochronologie ! C’est à dire grâce à une méthode scientifique permettant en particulier d'obtenir des datations de pièces de bois à l’année près en comptant et en analysant la morphologie des anneaux de croissance des arbres. Bernard Vella, délégué départemental de la fondation du patrimoine, nous explique comment cette méthode a été employée sur la maison des Alix.



« L’étude a été menée il y a 5 ans, et c’est un rapport conséquent. Ce qu’il faut savoir c’est qu’à chaque cerne que l’on peut observer dans un morceau de bois, on peut déterminer son année de croissance. Concrètement on fait un carottage dans les bois de charpente. On cible particulièrement les poutres qui ont encore plusieurs cernes d’aubier, c’est à dire les derniers cernes apparus avant son abattage. On arrive ainsi à dater l’acte de naissance de l’arbre et sa date d’abattage, grâce à des bases de données qui nous informe sur le climat dans le temps. En fonction du climat les cernes ne seront pas les mêmes d’une année à l’autre.


Chaque étude menée en dendrochronologie alimente les bases de données. Aujourd’hui le risque de se tromper est zéro dans cette méthode. Quand on dit 1515, on vous dit cette année là mais également une période d’abattage qui va être d’octobre-novembre par exemple. Contrairement à ce qu’on peut penser on n’a pas laisser sécher le bois car le bois de charpente on ne le laisse pas sécher ! En fait, à l’époque, on abat les arbres pour le chantier en cours, et on utilise généralement le bois entre 2 et 4 mois plus tard, le temps de monter les murs avant de poser la charpente. Les scientifiques qui font des études pour datation procèdent à un relevé complet de la charpente. Ils cherchent également les marques de charpentier. Il faut savoir que les charpentes sont montées au sol, ensuite on les démonte pour les remonter à leur place définitive. Les charpentiers faisaient donc des marques de montage, et selon les périodes les marques diffèrent. Donc on peut les dater grâce aux travaux des scientifiques et historiens. Entre les carottages et ces marques on a donc des moyens de déterminer une date d’abattage des arbres et de montage des charpente. Sur l’étude concernant la maison des Alix et sa charpente, on a des bois datés de 1515-1516, et des bois datés de 1620, ce qui correspond certainement au moment où on a relié les deux bâtiments par une sorte de toit à la mansarde. »


 

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