SANTÉ - Sony Azencott, ostéopathe : "Respecter la peur, la douleur et la fragilité du patient"


Sony Azencott est ostéopathe, installé dans le Montargois depuis une vingtaine d’années. L’homme de 47 ans, né à Montpellier, a, comme son frère, marché sur les traces de son père, actuellement à la retraite, après une carrière d’ostéopathe, à Montargis (Rue de l’Europe). Après des études en région parisienne, Sony rejoint le cabinet de son père en 1998. Un an plus tard, son frère les rejoint. « En 2007, mon frère est parti au Mexique pour être ostéopathe, là-bas. Puis, mon père a pris sa retraite ». Bref, les Azencott, c’est toute une vie dans l’ostéopathie.


Vous recommandez en permanence à vos patients une activité physique. Pourquoi ?

L’ennemi de la santé, c’est la sédentarité. Tu es sédentaire quand tu fais sept heures de travail par jour assis. Ou quand tu fais deux heures à la suite. Si tu peux être à la fois sédentaire et actif, tu sauves un peu la « misère ». L’activité permet de combattre ce fléau. Un enfant de trois ans doit jouer six heures par jour. Un enfant de cinq ans doit jouer trois heures par jour. S’il ne joue pas, il ne travaille pas son dos. Quand tu le laisses assis, toute la journée, devant des écrans, tu le fracasses dès sa naissance ! Donc, un enfant a besoin de bouger, de s’accroupir, rouler… Il ne se pose pas de questions si c’est bien ou pas bien. Il fait les choses naturellement. Nous (adultes), on ne s’accroupit plus. On est assis sur une chaise. On perd nos capacités naturelles. On ne joue pas. On travaille. Et c’est le travail qui esquinte. Par contre, le sport, ça sauve. Ce n’est pas le sport qui va te faire mal. Sauf si tu as un accident. Chose qui peut arriver partout. Ce qui esquinte ? C’est le travail huit heures par jour assis, c’est la voiture ou encore rester debout statique dans un magasin.


Quels sont les cas fréquents de blessures chez vos patients ?

Les gens qui viennent blessés à cause du sport sont rares. J’ai des patients qui viennent parce qu’ils sont hyper stressés, d’autres pour de multiples raisons liées à des blessures que l’on peut avoir au quotidien, du nourrisson aux personnes dont l’âge est très avancé. J’ai également des bébés de quelques jours. Quand j’ai des gens âgés, généralement, c’est souvent pour des douleurs rhumatismales. Quand ils tombent, ils ont du mal, par exemple, à lever le bras. Cela peut provoquer des lésions. C’est varié.


Comment peut-on gérer les humeurs d’une personne souffrant de douleurs ?

Travailler en douceur. Tu as des gens que tu vas manipuler… Tu en as d’autres que tu dois travailler en douceur. C’est le cas d’une femme de 94 ans (examinée juste avant l’interview). Tu sais que c’est un cas sensible, fragile. Tu dois adopter une certaine manière de la soigner. Tu as des gens très anxieux, stressés, tendus, alors on y va doucement, on les rassure. Si je commence à manipuler dans tous les sens, c’est sûr, la situation risque d’être compliquée. On doit adapter le meilleur traitement pour que cela ne soit jamais douloureux. Ne pas traumatiser le patient. Il faut respecter la peur, la douleur et la fragilité du patient. Une fois la confiance installée, le patient se laisse faire. Les cas les plus compliqués que j’ai connus viennent des personnes qui ne parlent pas français. J’ai fait une séance, la semaine dernière, avec une Tchèque. Il fallait que je fasse la consultation en anglais. J’étais plus fatigué à faire ma consultation en anglais qu’avoir passé une journée au boulot. Parce que tu réfléchis à ce que tu dis, il faut être carré, tout traduire. Puis sur d’autres cas, tu as le traducteur avec le patient. Les gens vont avoir peur, car le temps que le traducteur traduise, il se passe un certain temps de latence. Les pires cas que j’ai eu ce sont les enfants de 2 et 4 ans quand ils ont mal et ne parlent pas la langue. J’ai eu des difficultés à les soigner. Le temps de me faire confiance et de comprendre, c’est compliqué. Parce que l’enfant a mal. Et il ne peut pas expliquer sa douleur.


Quel est le rôle d’un ostéopathe dans la médecine ?

Le but est de savoir quand on ne peut pas toucher. Quand on voit qu’on ne peut pas traiter, on réfère. Il s’agit d’un diagnostic d’exclusion. Une personne qui a une fracture, on sais ce qu’elle a. On ne doit travailler que lorsque un examen dit ce qu’il y a. C’est à nous de ne pas faire de traitement sans savoir qu’il y a un truc derrière qui pourrait être dangereux pour le patient. À nous d’adresser pour faire les examens. Et comme il existe une pénurie de médecins, les gens viennent nous voir en première intention. Quand on voit un truc bizarre, c’est à nous de demander des examens complémentaires. On fait un mot pour le médecin, pour l’hôpital. Le patient a, au moins, un appui en allant voir un médecin. Quand c’est un cancer, on travaille en douceur, on va les aider à supporter la chimio, à supporter la radio. On ne traite pas le cancer, on traite la personne. On ne traite pas la maladie, on traite le malade pour ce qu’il est. Il y a des centres anti-cancer à Paris où des ostéopathes travaillent sur la gestion de la douleur. Il y a des maternités qui ont des ostéopathes pour traiter les bébés dès la naissance. Il y a des ostéopathes dans les clubs sportifs qui aident les sportifs à être mieux. On est complémentaire de toutes les professions. On n’est pas concurrents des kinés, des médecins et autres. Au contraire, on aide les autres.


Et vous avez un rôle psychologique…

La douleur provoque souvent du stress. Quand une personne voit un ostéopathe sans être détendu, on n’y arrivera pas. À nous de rassurer le patient. Et d’arriver à le détendre pour pouvoir faire 80% du boulot. On peut travailler sereinement. La voix est importante. Le toucher est important. Le contact est important. L’humour aussi. Serrer la main ! Avec le Covid-19, on ne serrait plus les mains, c’était compliqué. Même si tu ne parles pas la même langue que le patient, il doit ressentir l’amour que tu as pour lui, la détente, le travail que tu vas faire. Il va se rendre compte que ce n’est pas violent. Donc, il va se laisser faire. Ressentir de la sérénité, du bien-être , détend le patient.


Une pénurie d’ostéopathes existe-t-elle de nos jours ?

Non, il n’y a pas de pénurie d’ostéopathes. Il y en a plein. Il y a une pénurie chez les kinés, chez les médecins, mais pas chez les ostéopathes. On est trop représenté, d’ailleurs. Parce que quand il y a eu la reconnaissance de l’ostéopathie, tous les jeunes se sont mis là-dedans. Et les écoles ont fleuri un peu partout, une trentaine !


 

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