Boxe - Christian Mbilli : "j'aurai plus de légitimité quand je serai champion du monde"


Christian Mbilli sera de retour au Casino de Montréal, le vendredi 9 septembre. L’ancien boxeur de l’USM Montargis, 21 victoires dont 19 avant la limite contre 0 défaite chez les professionnels (super-moyens), défiera l’Américain DeAndre Ware. (Photos : Vincent Éthier (Eye of the Tiger)


(Article paru dans Tout Près Tout Proche N°37 le 27/08/22 et mis gratuitement à la disposition des lecteur du Connecté.fr)


Ce combat de dix rounds de trois minutes excite comme à l’accoutumée le « Solide ». Le boxeur de 27 ans croisera le regard d’un adversaire de 34 ans qui totalise 15 victoires dont 9 par KO contre 3 défaites et 1 nul. « Il y a beaucoup d’intensité dans ma préparation. Elle baissera d’un cran au fil des jours… Je me sens au top », clame Christian Mbilli. Joint ce mercredi 24 août, il se confesse. Interview réalisée par Lyes Baloul.

Instantanément, à quoi pensez-vous lorsque vous infligez un K.O à un adversaire, comme ce fut le cas en mars dernier ?

Sur le coup, tu es forcément content. C’est vrai que le dernier K.O (contre Nadjib Mohammedi) était sévère, puissant. Après le combat, dans mon vestiaire, je me suis dit : j’espère qu’il n’a rien de grave. Qu’il ne souffrira pas de séquelles. J’ai demandé des renseignements… On m’a rassuré. Mon promoteur m’a informé que l’adversaire a passé une IRM (imagerie par résonance magnétique). Encore une fois, on est des êtres humains. C’est vrai que la boxe est un sport brutal, mais ça reste du sport. Et les valeurs doivent primer sur le reste.


Après ce combat, quel sentiment a traversé votre esprit ?

La vie continue. J’ai pensé au jour d’après. C’est-à-dire reprendre le travail. Et penser au prochain rendez-vous. Savourer puis recommencer à viser. On ne s’arrête jamais. Ou presque. Car, dans la vie, il n’y a pas que la boxe. Même si concrètement, aujourd’hui, ce sport représente 99% de mon quotidien. Tu t’entraînes, tu manges, tu dors. Il y a quelques jours (interview réalisée le 24 août), j’étais invité à l’anniversaire d’un pote. Un Canadien, né en France. J’y suis allé. Je suis rentré chez moi à 21 heures. J’ai des priorités. Je démarre mes entraînements à 8h30. Deux séances par jour. De l’intensité, il en faut pour progresser. Dans la vie, il faut faire des choix. Moi, j’ai choisi ce chemin. J’aime. C’est agréable de vivre de sa passion.


« Si je pouvais être anonyme tout en ayant une carrière brillante… »

Le Christian Mbilli d’aujourd’hui circule-t-il facilement dans les rues canadiennes sans être repéré ?

(sourire)… À Montréal, il m’arrive d’être reconnu, repéré. Les boxeurs n’ont pas une immense popularité comme c’est le cas pour les footballeurs. Puis, franchement, je n’en veux pas. C’est vrai que ça fait toujours plaisir d’être accosté par les gens. Mais je préfère rester sur ma discrétion. C’est mon tempérament. Il faut être populaire pour gagner beaucoup d’argent. Moi, ce n’est pas mon objectif. Si je pouvais être anonyme tout en ayant une carrière brillante…


Jusqu’où ira votre vision lointaine dans votre carrière ?

Je me dis aujourd’hui que j’ai fait du chemin dans ma carrière. J’ai commencé tout jeune. J’ai dû franchir des étapes, traverser des obstacles. Je me retrouve 3e mondial. C’est motivant et je ne cesse de dire que le meilleur est à venir. Je ne me lève pas tous les jours en pensant à ça. Je n’aime pas me la raconter. Actuellement, je n’ai rien à prouver. J’aurai plus de légitimité quand je serai champion du monde. Dans mon cas personnel, la problématique est de trouver des adversaires. Ils refusent de m’affronter ou parfois ils demandent trop cher. Mais à partir de l’année prochaine, les choses vont bouger. Je vais être challenger pour un championnat du monde…

« Chaque combat est un championnat du monde »

Remporter un championnat du monde sera-t-il une finalité dans votre carrière ?

C’est sûr, je vise la ceinture mondiale. C’est un projet de longue date. Ma carrière ? D’ici six ans, je passerai à autre chose. Je ferai autre chose dans ma vie. Le sport, c’est une étape. La famille, c’est aussi important. Après ma carrière, je compte fonder une famille. L’essentiel sera de terminer la carrière en bonne santé. Sans séquelles.


Vos parents parviennent-ils à regarder vos combats ?

(rire)…Mon père, c’est mon premier fan. Il m’encourage énormément. Il collectionne les articles de presse. Ma maman, c’est compliqué (sourire). Elle n’aime pas me voir encaisser des coups. Elle est très stressée avant mes combats. Mais elle est solide, une guerrière. J’ai une complicité avec mes parents. C’est pour cela que je les aime…


Quel est le combat le plus marquant de votre carrière ?

Le dernier a fait le buzz sur les réseaux sociaux. Mais honnêtement tous les combats sont aussi intenses. Chaque combat est un championnat du monde pour moi. Je ne prends aucun face à face à la légère.


La boxe a-t-elle changé votre vie ?

Complètement ! J’ai mis toute mon énergie pour en arriver là. Ce sport m’a permis d’apprendre les valeurs du travail, de la persévérance. C’est un sport individuel, donc pas le droit à l’erreur. Si tu triches, tu le paieras. Ces mêmes valeurs, je les ai apprises au club de Montargis. Je pense notamment à Eric (Godey, l’ex entraîneur) qui m’a insufflé une certaine éducation professionnelle. Nos valeurs se ressemblent.


À quand la prochaine virée dans le Montargois ?

Après mon combat du 9 septembre. J’ai prévu de rentrer en France. J’ai programmé un saut sur Montargis. Émotionnellement, c’est important pour moi. Revenir aux sources. Revoir le chemin menant de chez moi jusqu’à la salle de boxe (Alfred-Meunier). Revoir les potes, retrouver les gens du club (USM Montargis). Au passage, j’ai été attristé par la disparition d’Ali (Leylek, Le boxeur montargois). C’est terrible. Ali était un modèle pour nous, les jeunes. On a tous appris de son parcours. Un mec généreux (silence)… Une pensée pour sa famille et ses proches.

 

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