• Jean-Paul Billault

Armelle Le Golvan, une "boulimique de créations"


Armelle le Golvan a 54 ans. Elle a des origines bretonnes mais elle est née et a grandi à Briare. Elle est enseignante en école maternelle, mais le reste du temps c’est une artiste « multifacette » qui a la boulimie de la création. Elle peut difficilement rester en place et durant cette année pénible ou elle est restée très souvent confinée à la maison, elle a pu « passer son temps » à dessiner ou à écrire. « Je fais tout ça comme une boulimique, et je sais de quoi je parle… Et cette créativité, ce travail constant me permet de tenir ». Pour autant Armelle a un manque immense, celui de ne pas pouvoir retrouver les musiciens de son groupe « Papalaf » pour répéter ou monter sur scène. Car Armelle est aussi chanteuse, et il est fort probable que vous l’avez déjà vu sur scène, à l’occasion d’un festival ou d’une fête de la musique en terre gâtinaise ou giennoise. Mais ça c’était avant…

Rencontre avec une "artiste multifacette"
Armelle, la chanteuse

« En 2012 un copain me propose de rejoindre un groupe de musiciens car il leur manquait une chanteuse pour un morceau. Moi, je n’avais jamais fait ça, mais c’était super d’essayer. Et puis rapidement on m’a demandé de chanter d’autres morceaux. J’ai dit d’accord mais je veux qu’on fasse de la composition, qu’on écrive nos paroles, qu’on crée. Et c’est comme ça qu’à démarrer mon aventure avec Papalaf, une bande de copains. Nous avons fait un disque, et un deuxième est prévu… quand on pourra ! Notre dernier concert c’était en août dernier, en plein après-midi à l’Étang du puits. Un moment incroyable où tout le monde, les musiciens comme le public, avait l’impression de revivre. »

Armelle avec les musiciens de Papalaf : Paul Laurent, batteur ; Jacques Laurent, guitare ; Ludovic Amelot, guitare ; Frédéric Bonvin, bassiste. Bientôt sur scène ?


Armelle, la dessinatrice

« J’ai grandi dans un quartier où il n’y avait que des garçons, alors j’ai fait beaucoup de foot…(sourire). À l’adolescence je me suis un peu repliée sur moi et dessiner m’a fait un bien fou. J’ai toujours aimé le geste du dessin. Et puis je n’ai plus eu vraiment le temps avec les soubresauts de la vie d’adulte, mon travail, mes enfants. À la cinquantaine, mes filles parties faire des études, dessiner m’est redevenu comme une évidence. Et depuis je n’arrête plus ! Cette année des revues littéraires m’ont commandé des dessins pour accompagner des nouvelles ou faire une couverture. C’est incroyable et ça tombait bien : j’avais du temps ! J’aime aussi faire des collages et de l’acrylique, et c’est vrai, il n’ya plus beaucoup de murs libres pour les accrocher à la maison (rire). »


Couverture réalisée par Armelle le Golvan

Armelle, l'écrivain

C’est son deuxième roman et il est sorti en décembre. Le titre est intriguant et avant d’ouvrir le livre on un peu peur de ce que l’on va y trouver… La 4ème de couverture nous donne un résumé précis : « Lorsque Sabine, enseignante de 54 ans, est victime d'une tentative de viol par un de ses collègues, elle force son corps à taire la colère, pour sauver les apparences. Mais son vagin n'entend pas en rester là, et entreprend de venger sa maîtresse. Une lutte burlesque s'engage entre Sabine et son organe frondeur. Ils vont devoir s'apprivoiser en attendant la kermesse de fin d'année, clou du spectacle. »

Il y a effectivement du burlesque dans ce récit étonnant écrit dans un style alerte et parfois cru. Mais si ce burlesque est parfaitement installé et capte très rapidement le lecteur (comme l’étrangeté de la situation), c’est pour mieux nous accompagner dans la psyché de Sabine, une femme comme des millions d’autres. Bien sûr ces « femmes normales » n’ont pas de vagin qui parle, et heureusement pour elles… mais elles ont les mêmes autres problèmes. À savoir qu’elles doivent souvent faire face à un monde « masculin », parfois violent et pernicieux, dans lequel elles ont l’impression d’être considérée comme « une chose ». Et quand elles sont victimes de violences, de viols, elles deviennent alors « des choses honteuses » à leurs propres yeux, à ceux parfois de leur propre mère face à la société, alors que c’est sur leur bourreau, et sur eux-seuls que la honte devrait s’abattre.


« Écrire ce récit m’a fait du bien, ça a réveillé certainement quelques fêlures mais ça permet d’avancer et de questionner les relations entre les hommes et les femmes », confie Armelle Le Golvan. « Ce n’est pas un livre de femme, c’est un récit fait pour nous bousculer, femmes comme hommes. Et si je le fais sous cette forme, avec de l’humour et une histoire étrange, c’est pour mieux faire passer ce message : « Si c’est non, c’est non ! ». Alerter et préparer nos filles, éduquer nos fils, c’est une priorité. La sexualité des femmes et des filles est toujours un tabou pour certains. Pour dépasser tout ça, il faut éduquer au respect du corps de l’autre, et il y encore du travail… »