Karl Kaimba, défenseur de Montargis : "la guerre et le football m'ont forgé"


Karl Kaimba aura tout vu dans sa vie. Il y a eu les clubs de football qu’il a fréquentés, avec des hauts et des bas. Les blessures, notamment. Mais au commencement c’est en terrain de guerre qu’il voit le jour. À Bangui, en République Centrafricaine, précisément. D’ailleurs, il ne le cache pas. Il le clame haut et fort. « La guerre m’a forgé… ». Le football, aussi. Karl Kaimba, l’actuel défenseur central de 30 ans de l’USM Montargis (N3), c’est l’histoire d’un « turbulent » qui est devenu « un mec cool ! ». Nous vous la racontons.

Bangui, la capitale de la République centrafricaine. C’est là où tout a commencé, le 2 janvier 1990. Karl Kaimba vient au monde. Au milieu d’un pays ravagé par une guerre civile. « Quand j’allais au marché, avec ma mère, ça tirait de partout. On se sauvait, la peur au ventre… ». Karl Kaimba perd des proches. « C’était la misère. Un climat d’instabilité. Tu vis et grandis anormalement. Tu conçois la vie bizarrement. En Afrique, quand tu as 5 ans, tu as forcément 10 ans dans la tête. La dureté de la vie te rend mature, responsable… ». La finalité : partir, s’exiler, quitter sa terre natale. « C’était presque inévitable. J’ai quitté mon pays à l’âge de 8 ans… ». Direction Montargis. Où vivait son père. « Il a raté une carrière de footballeur pro, car il n’avait pas de papiers. C’était un peu dur pour lui, il a galéré », esquisse-t-il.

« J’ai été viré de Dijon pour mauvais comportement »

L’histoire de Karl Kaimba avec le football démarre à Corquilleroy. « Comme si c’était hier », sourit-il. Puis, Nuri Gurel le repère et l’enrôle chez les U12 de l’USM Montargis. Un bref passage. Parce que Frank Lepage l’accueille aux J3 Amilly. « Pour moi, c’est le meilleur entraîneur en jeunes… », estime Karl Kaimba. Mais la carrière du jeune garçon va bientôt prendre un sérieux virage. Parce que le club professionnel de Dijon le recrute. « Je me rappelle, j’avais joué contre les Lacazette, Grenier, Boudebouz… ». Mais Karl Kaimba ne parvient pas à ses fins. « J’ai été viré de Dijon. J’étais un gamin instable, je faisais n’importe quoi. Je franchissais les murs du centre de formation pour aller en boite. C’était inadmissible pour le club… ». Le prélude des galères. « À un moment donné, quand tu es jeune, tu dois découvrir, sortir. C’est dur de se sentir enfermé, soumis à des règles. C’est le cas dans le monde du football pro. Ce n’est pas évident, tu finis par lâcher ». Karl a lâché. « J’ai fini par accepter mon destin. Le monde pro, ce n’est pas pour moi… ».

Le Deportivo La Corogne, la chance de sa vie…loupée

Viré de Dijon, Karl Kaimba trouve refuge à Reims (U18 nationaux). « Grâce à Frank Lepage », précise-t-il. Un an de service. Puis, terminé ! « Le club voulait me garder. Ils m’ont proposé de rester pour un fixe de 300 euros. J’ai refusé ». La suite ? « Un ami à moi, un ancien havrais me propose l’idée de signer en Espagne. Il me parle du Deportivo La Corogne… ». Une sacrée proposition ! « Il discute avec mon père un vendredi, on se barre en Espagne, le lundi… ». Et c’est concluant ! Une première année en U18, une deuxième en équipe réserve. « J’avais un fixe mensuel de 2.500 euros. J’avais signé un contrat de deux ans + un an d’option… ». Et une clause libératoire… d’un million d’euros ! La réserve du Deportivo accède en championnat national. La carrière de Karl prend un nouveau virage lorsque, un jour, un agent vient lui annoncer que le Birmingham, en Angleterre, le veut. « Je pars là-bas pour un essai. Au bout d’une heure d’entraînement, mon pied droit craque… ». Saison terminée ! Espoir brisé ! « J’ai une nouvelle fois accepté mon destin ».

Un retour sur les terrains et des rêves en tête !

La blessure de Karl Kaimba intervient à l’âge de 20 ans. « C’était impossible de rester en Angleterre. Mon père me demande de rentrer en France… ». Mais après une longue période de repos forcé, le « géant » est de retour. Il s’engage à Visé, un club de D2, en Belgique. Puis, à Thourout, formation de D3 belge. Puis, rebelote ! Il se blesse. « Mon club voulait m’opérer. J’ai refusé… ». Il rentre à Montargis. « Je me suis soigné et reposé ». Bientôt, un homme viendra le chercher. Georges Cazeaux le recrute à l’USM Montargis, en division d’honneur. Puis, le défenseur central voyagera… De Sens à Vierzon en passant par le FC Gobelins (Paris). Avant un retour à Montargis, en 2016.

Trois sélections avec la République centrafricaine…

En 2011, Karl Kaimba a été international centrafricain. « À trois reprises… », dit-il. Fièrement. Et il compte y retourner un jour. « Oui, j’aimerais être sélectionné à nouveau. En tout cas, je me donne encore deux à trois saisons dans le foot. Après, j’ai un projet dans l’humanitaire… ». Karl Kaimba caresse le rêve de faire voyager ses connaissances. « En Afrique », espère-t-il. L’homme de 30 ans, 1,98 m, 100 kg, le sait. « Le football m’a beaucoup apporté. Aujourd’hui, je parle quatre langues, j’ai rencontré des gens sympas. Je me suis beaucoup amusé ». Et d’ajouter : « Le football a fait de moi un homme responsable. Oui, j’étais turbulent, pas bien. J’ai toujours vécu dehors, en multipliant les clubs. Sur les terrains. J’ai accepté mon sort, j’étais obligé de changer de comportement. Avant, je ne prenais rien au sérieux. Plus maintenant… ». Karl Kaimba exerce dans la fibre optique. Et il a un message aux jeunes. « Le rêve de devenir footballeur pro est permis. Mais ce n’est jamais facile. Il te faut le talent et les sacrifices. Il faut savoir encaisser. Tu es dans un centre de formation avec un règlement au moment où tes potes s’amusent en soirée. Comment réagirais-tu ? Tu craques ou tu acceptes. La tête, c’est important. C’est même l’essence de la réussite ou pas d’une carrière… ». En attendant, Karl Kaimba, lui, s’amusera une nouvelle fois dans son jardin préféré. Le stade Maurice-Béraud, à Montargis…

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