Mamoudou Bassoum : « Je vivrai avec ce drame toute ma vie… »

15/01/2020

 

C’est un Mamoudou Bassoum abattu, épuisé et traumatisé que nous avons rencontré, trois jours après le drame qui a provoqué le décès d’un jeune athlète de 12 ans, licencié au club de taekwondo à Châlette. L’échange aura duré un peu plus d’une heure. Une seule phrase revenait avec insistance : « Je vivrai avec ça toute ma vie… », a répété celui qui se trouvait au volant du véhicule au moment du drame. Les larmes aux yeux. D’ailleurs, il n’était guère le seul, ce mardi soir, à pleurer sur son sort. Des membres de la famille du taekwondo de Châlette, à leur tête Karine Dos Santos, la présidente, étaient, en effet, présents à ses côtés. Une marque de soutien à celui que tout un club considère comme « un père providentiel ». Mamoudou Bassoum a été mis en examen pour homicide et blessures involontaires, violation d'une obligation de sécurité et conduite à une vitesse excessive. Il a été laissé libre sous contrôle judiciaire.

 

Mardi Soir. Il était 20h30 lorsque Mamoudou Bassoum est arrivé chez une famille montargoise. L’ambiance est soudainement devenue pesante. Un silence assourdissant. Des larmes. Des embrassades. Des regards parlants. La famille du taekwondo venait de retrouver son coach. « Ce n’est pas un entraîneur pour nous. C’est plus que ça. C’est un père pour nous enfants. On a tous confié un enfant à Mamoudou », murmure Karine Ferreira, la secrétaire du club châlettois. Mamoudou Bassoum, le conducteur du terrible accident survenu aux Bordes, samedi 11 janvier, et qui a coûté la vie à Yanis, 12 ans, un jeune athlète châlettois, a été retenu 48 heures en garde à vue. « Nous voulions, par notre présence, ce soir (mardi soir), apporter notre soutien à Mamoudou. Il a toujours été là pour nous, pour nos enfants. Nous n’avons pas le droit de l’abandonner. C’est impensable. Les parents le soutiennent… », clamait Karine Dos Santos, la président du club des Lions de taekwondo de Châlette. Une jeune fille, le visage marqué, lui a tendu une lettre. « Tu peux la lire. Tu comprendras… », lui a-t-elle glissé. La voix cassée. Il s’agissait d’une lettre « d’adieu » à Yanis et…  de « soutien » à Mamoudou Bassoum. « Nous ne comprenons pas les critiques des internautes envers Mamoudou (Bassoum). Il s’agit d’un accident… », répétait une maman. « Vous savez, Mamoudou a fait des milliers de kilomètres loin du Montargois en compagnie de nos enfants. C’est malheureusement arrivé à 40 kilomètres de chez nous. Une chose est sûre : notre confiance est totale envers lui… », a souligné Karine Dos Santos. 

 

« Je vivrai avec et pour Yanis… »

 

Mamoudou Bassoum a rencontré Dorothée, la mère de Yanis, mardi après-midi. Un message sur son téléphone en disait long sur cette rencontre. « Mamoudou, tu considérais Yanis comme ton propre enfant. Tu as notre soutien… », pouvait-on lire dans le SMS envoyé par la maman du jeune de 12 ans, tragiquement décédé, samedi. « Yanis sera en moi toute ma vie. Je vivrai avec et pour lui. Je ne pourrai pas l’oublier. C’était mon voisin, mon athlète. Un fils pour moi… », s’exprime Mamoudou Bassoum, père de quatre enfants. « La vie est terrible. J’ai l’impression que le temps s’est soudainement arrêté… ». Yanis a pratiqué le taekwondo pendant six belles années. « C’était un champion, le mien. Je l’aimais comme mes enfants. Yanis voulait percer, aller plus loin dans ce sport. Les JO de 2024, c’était possible pour lui. Ce n’est plus le cas. Et ça, je ne pourrai pas l’oublier. Je m’en voudrai toute ma vie… ». 

 

Karine Dos Santos : « les enfants te réclament… ».

 

Mamoudou Bassoum, d’une voix à peine audible, l’a répété à plusieurs reprises. « Comment vont les enfants au club ? ». Karine Dos Santos lui répondait : « ils te réclament… ». Là, le coach du club châlettois ne pouvait, une nouvelle fois, guère retenir ses larmes. « Il faut garder le club pour Yanis. Il faudra être fort pour lui, pour sa mémoire. On va essayer d’exécuter la volonté de Dorothée (la mère de Yanis) », a-t-il lancé. Le club de taekwondo a suspendu ses entraînements et compétitions jusqu’à nouvel ordre. « Il faut laisser le temps faire les choses. Le club est en deuil. Nous n’avons pas la tête à faire du sport… », a souligné Karine Dos Santos. 

 

Le dojo de Châlette bientôt rebaptisé ? 

 

Le dojo de Châlette va-t-il prochainement porter le nom de Yanis ? C’est en tout cas la volonté exprimée par les membres du club de taekwondo. « Nous allons effectivement formuler une demande auprès de la municipalité pour que cette salle soit rebaptisée. Nous y tenons… », a confirmé Karine Dos Santos. « Je trouve que c’est une excellente idée… », a appuyé une maman d’un jeune athlète. 

 

« Le plus dur, ça va être les obsèques… »

 

21h30, l’échange avec Mamoudou Bassoum et les membres de la famille du club de taekwondo de Châlette allait bientôt se terminer. Une question s’imposait : quel avenir pour l’entraîneur des Lions, maire-adjoint à la ville de Châlette ? « Le plus dur pour moi, ça va être les obsèques… », appréhendait-il. « On va se serrer les coudes, faire vivre le club… », a promis Karine Dos Santos. Mamoudou Bassoum, lui, le visage exténué, ne pouvait que « admirer » les soutiens de tout un club. « Vous êtes ma famille, ma vie, vous le serez toujours… », a-t-il conclu. En sanglots…

 

Partager sur Facebook
Share on Twitter
Please reload

PUBLICITÉ

Capture d’écran 2020-09-22 à 15.33.20.
Capture d’écran 2020-09-25 à 08.42.57.
FLP 45.jpg
Capture d’écran 2020-09-14 à 11.36.55.
Please reload

En savoir plus sur le c onnecté.fr