Patrice Loko : "Amilly ? C'était un tremplin, une formidable saison !"


L’ancien joueur du FC Nantes, du PSG, de l’OL a été repéré à 14 ans aux J3 Amilly.

Le même visage. La même chevelure. Dreadlockée avec finesse. Le choix des phrases est purement naturel. Sans langue de bois. Sans ambiguïté. Ô Patrice Loko ! L’homme qui a su faire vibrer la Beaujoire, le Parc des Princes, le stade de Gerland, pour ne citer que ceux-là, n’est pas avare de compliments. « Amilly c’était un tremplin, une formidable saison… », glisse-t-il. Il y a trente cinq ans, un jeune garçon, né et formé à Sully, atterrit aux J3. La suite, vous la connaissez. Du FC Nantes au PSG, de Lorient à Montpellier en passant par l’OL, Troyes et Ajaccio, c’est l’histoire d’un ancien international français, 50 ans le 6 février prochain, « heureux », aujourd’hui, du côté de Vannes. À 530 kilomètres d’Amilly. Là où la flamme avait été allumée. À jamais. Nostalgie.


Ce monsieur-là, un septuagénaire, l’a reconnu. « Vous êtes Patrice Loko ? », lui demande-t-il. « Oui, c’est moi-même… », répond l’intéressé. Avec gaieté. À Vannes, où l’ancien joueur professionnel vit depuis 2005, « la vie est belle… », sourit-il. Et d’ajouter : « Vous voyez, il y a la mer, les terrasses, les gens sont joyeux… ». Loin de ses racines. « Comment voulez-vous que j’oublie mon enfance ? J’y pense. Ma mère habite toujours à Bray-en-Val (près de Sully)… », dit-il. L’attachement est éternel, à ses yeux. « J’étais au téléphone avec un ami de Châtillon-Coligny, samedi (ndlr : 4 janvier), pour parler de la qualification de Saint-Pryvé en Coupe de France… », rapporte-t-il.


« Je marquais beaucoup de buts à Amilly… »

Patrice Loko est arrivé en cadets aux J3 Amilly, en provenance de Sully. « C’était l’époque des Gava (Franck), Le Frapper (David), Billault (Stéphane) et autres. On s’était bien amusé… », raconte-t-il. Vite, le jeune môme séduit. Il progresse. « C’était une belle année en National. Je marquais beaucoup de buts… ». L’Amillois fut rapidement sélectionné en équipe de France en cadets. « Je me souviens de ma première sélection. C’était contre l’Ecosse ».


20 sollicitations, il opte pour le FC Nantes…


Le terrain du stade d’Amilly devint l’attraction de plusieurs clubs français. « Il y avait au moins 20 clubs qui me voulaient à 14 ans… », appuie Patrice Loko. Deux destinations furent plausibles : l’AJ Auxerre ou le FC Nantes. Finalement, le joueur local opte pour les Canaris. « J’ai fait un stage à Nantes. J’ai été séduit par les installations de ce club. Il y avait des terrains, un beau centre de formation… », souligne-t-il. Mais le plus marquant dans toute cette histoire ? « Au centre de formation de Nantes, chaque joueur occupait une chambre personnelle. J’ai adoré. Je crois que cela a largement pesé dans ma décision… », sourit-il.


Guy Roux insistait pour que je signe à l’AJA…


Patrice Loko s’en souvient. « Guy Roux est venu chez moi à Sully. Il me voulait à l’AJA. Il avait rencontré mes parents. Mon père lui a dit que c’était à moi de décider… ». Et de glisser une anecdote. « J’ai fait un stage à Auxerre. Je me rappelle que j’avais dormi dans la chambre de Basile Boli… ». Quelques semaines plus tard, le jeune Patrice rend une décision définitive à son père. Ce sera le FC Nantes.


« Un coup de blues en hiver…»


À peine arrivé au centre de formation du FC Nantes, Patrice Loko, âgé de 14 ans, s’est senti « comme un poisson dans l’eau… ». Mais ça, c’était au mois de juillet. « Il faisait beau. Tout allait bien », relève-t-il. Quelques mois plus tard, le jeune garçon accuse le coup. « Lorsque l’hiver est arrivé, je sentais un vide. Un manque. J’appelais plus souvent mes parents. Ils comprenaient que j’avais un coup de blues. Ils me manquaient. Mes amis, aussi », rapporte-t-il.


« Je gagnais 700 francs à l’âge de 14 ans… »


La vie de Patrice Loko se métamorphose. « Quand j’allais en sports études, à Gien, mes parents me donnaient 15 francs en argent de poche. Du jour au lendemain, tout a changé. Au centre de formation de Nantes, je gagnais 700 francs. Pour un jeune de 14 ans, c’était énorme… », raconte-t-il. Et de détailler : « Quand je revenais dans le coin, je m’amusais avec mes copains. On se faisait plaisir. Je pouvais acheter ce que je voulais. J’offrais des cadeaux à mes parents… ».


« La crainte de ne pas réussir était là… »


Patrice Loko ne le cache pas. « En partant d’Amilly, j’ai découvert un autre univers à Nantes. Un autre niveau. Mais j’avais rapidement compris qu’il fallait y arriver. La crainte de ne pas réussir était là. La concurrence en permanence. On était 20 joueurs au centre de formation (parmi eux Didier Deschamps et Marcel Desailly). Des parents et des amis croyaient le fait d’avoir signé dans un centre de formation était une garantie pour devenir pro, alors que ce n’est pas le cas ». Et de préciser : « Quand le club vous annonce qu’il ne renouvellerait pas votre contrat, là, ça fait mal. Et j’en ai vu des cas…C’était dur pour eux ». Patrice Loko, lui, s’est accroché comme un grand. « Le secret ? Le travail et le mental. Il ne fallait pas être bon. Il fallait plutôt être…très, très bon ».


Les trophées, les Bleus et des buts…


Les statistiques parlent d’elles-mêmes. Patrice Loko a disputé plus de 400 matches en Ligue 1. Il a inscrit une centaine de buts. L’ancien joueur cadet des J3 Amilly était notamment vainqueur de la Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupe en 1996, et la Coupe de la Ligue (1998), sous les couleurs du PSG. Il a remporté le championnat de France avec le FC Nantes (1995). Il fut meilleur buteur du championnat, en 1995, au FC Nantes. Il totalise 26 sélections en équipe de France avec en prime… 7 buts à son palmarès.


Consultant pour plusieurs médias…

Patrice Loko n’a pas eu son bac. « Cette année-là, je jouais en D3 pro. Je partais souvent en déplacement. J’aurais aimé l’avoir, mais bon, c’était comme ça… ». Sa carrière professionnelle de joueur s’arrête à l’âge de 35 ans. Ensuite, il s’associe, pendant dix ans, avec William, son frère, l’autre joueur professionnel formé à Amilly, autour d’un projet dans l’événementiel (Loko Sport Evénement). Mais depuis quelque temps, celui qui soufflera sa 50e bougie, le 6 février prochain, sillonne les plateaux télés et les radios en qualité de consultant. S’assoir, un jour, sur le banc d’une équipe professionnelle ? « Pourquoi pas. Mais, aujourd’hui, je profite de mes amis et de ma famille… », conclut-il. Les yeux rivés vers le port de Vannes.

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