SUR LES TRACES DE JEAN-PIERRE ADAMS À NÎMES

19/06/2019

Vous souvenez-vous du footballeur de haut niveau Jean-Pierre Adams ? Peut-être oui. Peut-être non. En ce 17 mars 1982, le ciel s’abat brutalement atteignant Bernadette Adams au moment d’apprendre que, suite à une erreur d’anesthésie survenue au cours d’une opération bénigne, Jean-Pierre, son mari, 34 ans, risque de ne plus se réveiller. 37 ans plus tard, celui qui fut jeune joueur à l’US Cepoy, Bellegarde et l’USM Montargis, passé par le PSG, Nîmes ou encore Nice, 22 fois international français, aujourd’hui âgé de 71 ans, dort toujours dans un coma végétatif. Le Tout Prés Tout Proche est allé lui rendre visite à Caissargues, prés de Nîmes (Gard). Bernadette Adams, son épouse, a accepté de nous recevoir… à cœur ouvert. Âme sensible s’abstenir…

 

«  Tout va bien. Je suis en forme. Je me fais opérer à 11 heures. Viens me voir dans huit jours avec une paire de béquille ». Une dernière phrase. Puis, plus rien. Trente-sept ans. Plus aucun mot. Rien. La vie de Jean-Pierre Adams s’arrête soudainement. Ou presque. Ô cette maudite journée où tout semble pourtant  bien se passer à hôpital Edouard-Herriot, à Lyon. Ô ce terrible appel du 17 mars 1982 qui  bouleversera à jamais la vie de Bernadette. « Madame Adams, il est arrivé quelque chose de grave. Il faut que vous veniez rapidement… ». Jean-Pierre Adams, opéré pour une blessure bénigne au genou, ne se réveille pas. Une erreur d’anesthésie lui arrache son sourire. Celui de Bernadette, aussi. Son bonheur vole en éclat. Sa jeunesse se brise. Celle de Laurent et de Frédéric, leurs  fils, aussi. «  La vie est cruelle», murmure Bernadette. Le regard plein d’interrogations. « Pourquoi lui ? », devrait-elle se demander. «  Venez, vous pouvez le voir… », nous invite-t-elle. Là, les jambes deviennent trop lourdes. Franchir la porte de cette chambre donnant sur la salle de séjour, où dort l’homme de 71 ans, c’est un peu franchir une ligne rouge.  

« Je vous l’autorise », insiste Bernadette. Les yeux grands bleus. 

 

De Dakar à Montargis, le pèlerinage…

 

Jean-Pierre Adams atterrit à Montargis à l’âge de 8 ans en provenance de Dakar (Sénégal). Il accompagna sa grand-mère pour un pèlerinage catholique. Cette dernière repart au pays…laissant le petit Jean-Pierre entre les mains d’une école religieuse. Jean-Pierre rejoint ensuite l’école Saint-Louis à Montargis. Avant d’être accueilli par une famille à Corquilleroy. Jean-Pierre s’essaie au football à l’US Cepoy. Il se dirige ensuite à Bellegarde. Puis, destination…l’USM Montargis. Le môme progresse et s’engage à l’Entente Fontainebleau-Nemours. Le début d’une très longue carrière. Jean-Pierre côtoiera successivement Nîmes, Nice, le PSG, Mulhouse et enfin le FC Chalon. Le Montargois d’adoption totalise 251 matches en Division 1 (24 buts) et 11 matches en D2 (1 but). L’ancien défenseur central compte 22 sélections chez les Bleus. Jean-Pierre Adams rencontre Bernadette au cours d’un bal à Montargis. « J’habitais à Gien. Je venais le voir même sous la neige. Mes parents râlaient », sourit Bernadette, le visage tourné vers Yvette, sa sœur qui habite à Sully, venue lui rendre visite en pleines fêtes de la Féria, à Nîmes. Jean-Pierre et Bernadette se marièrent en 1969. 

 

17 mars 1982, le tremblement de terre…

 

Bernadette attend  la bonne nouvelle de l’hôpital. Mais l’appel tarde à venir. «  J’appelle, on me répond qu’il est toujours en bloc opératoire. J’appelle une nouvelle fois, on me répond pareillement. J’appelle une troisième fois, pas de nouvelles de lui… » . Là, le doute s’installe. « Laurent (leur fils) me dit «  maman, tu ne trouves pas que c’est long ? ». Bernadette s’inquiète. Sérieusement. Le quatrième appel fut terrible. Tragique. «  Il est arrivé quelque chose de grave à votre mari. Il faut que vous veniez rapidement », exhorte l’hôpital. «  Je commence à devenir pâle. Je laisse Laurent aux voisins et je file à l’hôpital », raconte Bernadette. Jean-Pierre Adams, 34 ans, joueur en fin de carrière chez les amateurs du FC Chalon-sur-Saône, victime d’une blessure bénigne au genou, vient de subir une erreur médicale. «  Je suis restée quatre jours à l’hôpital. On ma dit que le temps travaillait pour lui. Je l’ai mal pris », dit Bernadette. La situation s’aggrave en septembre 1982. Il est transféré à l’hôpital de Sainte-Foy-l’Argentière (Rhône) puis à Chalon-sur-Saône.  «  La Sécurité sociale m’indique qu’il n’est plus pris en charge à compter du 13 juin 1983 ». Bernadette décide de récupérer définitivement son mari. C’est elle qui veillera sur lui. La famille Adams quitte Chalon-sur-Saône en 1985. Destination Rodilhan, près de Nîmes (Gard). En 2008, Jean-Pierre et Bernadette s’installent à Caissargues, charmant village nîmois. 

 

Bernadette, la mère de famille, Bernadette l’infirmière… 

 

Bernadette et Jean-Pierre Adams tenaient un magasin d’articles de sports à Chalon-sur-Saône. Soudain, tout s’écroule. Bernadette est contrainte de s’occuper de son mari, malade. Elle joue le rôle de mère et d’infirmière.  « Un médecin m’a dit : « je vous donne le diplôme de docteur ».  Je dois être là pour lui. Certains s’enflamment sur les réseaux sociaux. On me demande de le débrancher. Mais mon mari n’est pas branché ! Ils veulent que je ne lui donne plus à manger ? Je ne supporterais pas… », explique-t-elle. Et d’ajouter : «  Les journées commencent tôt le matin. Il faut prévoir le passage de la femme de ménage, de l’aide-soignant. En attendant, je dois tout surveiller. Je prépare ses repas et ses médicaments. Je laisse la télé ou la radio en marche. Je n’aime pas le silence. Je lui met des matches de foot ». 

 

Il baille, tousse, ouvre ses yeux, sursaute…

 

Il ne manque que la parole. Jean-Pierre Adams baille, tousse, sursaute. Le tout… les yeux ouverts. Curieux. « Parfois, je le secoue. Mais il ne bouge pas. C’est rageant. En ce moment, il est moins en forme », informe-t-elle. « Ma seule crainte est de partir avant lui », dit Bernadette, le regard porté vers Jean-Pierre. Mais cette mère de deux enfants (Laurent : 50 ans et Frédéric : 43 ans) et de trois petits-enfants veut croire en sa belle étoile. « Je sais qu’il m’entend.  Je veux qu’il se réveille. Je veux qu’il me réponde, qu’il me dise quelque chose. Je sais que c’est compliqué, mais l’espoir fait vivre…». Et s’il se réveillait…

 

 

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